Tirailleurs vous avez dit?

31/05/2016 23:13

L'image populaire relative à la période de l'Empire montre régulièrement des charges de cavalerie ou des régiments de grenadiers à pied moustachus et inébranlables. On voit des masses compactes de soldats de la ligne avancer sans broncher au devant de la mitraille en rangs serrés et resserrés une fois les camarades tombés. Mais on ignore souvent le rôle d'un autre type de soldat intelligemment utilisé par la France révolutionnaire et l'Empire et que les autres puissances militaires n'adopteront que tardivement à la fin de l'Empire. Il s'agit des tirailleurs!

Le tirailleur est un soldat d'infanterie, venant le plus souvent d'unités de troupes légères qui se déployaient devant le front des troupes ennemis pour les harceler l'ennemi. Ils engageaient l’ennemi par un feu sporadique et constant afin de causer des pertes continuelles dans les troupes adversaires afin d'en affecter le moral. Ils étaient souvent sélectionnés pour la qualité et la précision de leur tir et étaient souvent chasseurs dans le civil. Alors que les fusiliers de la ligne privilégient le tir approximatif de masse en ligne ou en colonne serrée, les tirailleurs s'appliquent à ajuster leur tir. On pourrait dire qu'ils étaient un peu les snipers de l'époque si l'on veut oser la comparaison. Très vulnérables aux attaques directes de l'infanterie de ligne ou de la cavalerie ennemie, ils devaient se retirer sur les flancs de leur infanterie formée, se réunir par petits groupes ou se réfugier derrière un obstacle s'ils étaient chargés.

Le célèbre Général Comte Guillaume Philibert Duhesme (1766-1815) qui périt glorieusement à Waterloo, décrivit dans son Essai sur l'infanterie légère, le rôle des tirailleurs comme suit:

Véritable tunique de Nessus, prenant aux membres l'armée ennemie, la serrant au corps, rongeant la chair jusqu'aux os. On peut dire, que tout le reste de l'armée, soutiens et réserves échelonnées, cavalerie et artillerie, n'avaient d'autre but et d'autre action que de maintenir le contact permanent et intime de ce tissu rongeur avec les œuvres vives de l'armée adverse.

En les dispersant sur le front de la ligne, leurs officiers veilleront à ce qu’ils soient tous à peu près à la même hauteur, que les uns ne soient pas trop en avant, les autres trop en arrière; qu’ils restent toujours, tant que faire se pourra, vis-à-vis les créneaux dont ils font partie, pour les regagner plus facilement : ils seront réunis deux à deux, et ces deux compagnons, qui devraient être toujours deux amis, ne doivent pas se quitter, afin de se secourir mutuellement quand ils seront pressés; l’un devra toujours conserver son feu, et ne lâcher son coup de fusil que quand l’autre aura rechargé. À mesure que les lignes s’abordent, les tirailleurs démasqueront le front des colonnes serrées de la première ligne et se resserreront vis-à-vis les créneaux, où ils entreront ensuite en se mettant en ligne sur un rang avec leur réserve, qui, étant sur deux rangs, commencera un feu de file bien soutenu, mais dans lequel on recommandera au soldat de tirer plutôt avec justesse qu’avec célérité; il est bien entendu que les tirailleurs ne devront jamais cesser le feu, mais au contraire le redoubler.

N'importe quelle troupe pouvait le cas échéant se déployer en tirailleurs devant les troupes en rangs serrés, mais ce sont régulièrement les voltigeurs qui jouaient ce rôle.

Contact

Frank Grognet Nivelles
Belgique
hussardises@gmail.com