Sacré Otto!

24/04/2016 13:30

Le nom du Général Otto von Emmich (1848-1915) ne vous dit certainement rien. De plus, il a vécu durant la seconde moitié du XIXe siècle et n'a pas connu les contemporains de l'Empereur, mais alors pourquoi en parle-t-on sur ce site?

Eh bien, ce bon vieux Otto était un général prussien qui a participé à la guerre franco-prussienne de 1870 ainsi qu'à la Première Guerre Mondiale. C'est d'ailleurs lui qui a eu la lourde charge des premières opérations militaires sur le territoire belge et c'est en cela qu'il est lié à l'histoire de l'Empire.

En ce mois d'août 1914, Emmich est à la tête du Xe corps d'armée allemande chargé de prendre la ville de Liège en Belgique afin de libérer le passage pour les différentes armées allemandes chargées de l'enveloppement de l'aile gauche alliée. Mais ce général issu de la noble lignée des militaires prussiens du XIXe siècle, tente un coup destiné à éviter l'affrontement avec cette Belgique neutre. Le 2 août 1914, il lance un ultimatum au peuple belge en lui demandant de bien vouloir laisser passer l'armée allemande sur son territoire afin de pouvoir combattre la France. La Belgique refusa et fut envahie le 4 août par l'Allemagne. La suite on la connait.

Jetons un œil sur cet ultimatum.

On voit ici que l'Allemagne justifie la violation de la neutralité belge sous prétexte que des soldats français l'ont violée avant elle et qu'elle est dès lors contrainte à regret d'envahir le royaume. Et puis, le Prussien fait valoir la fraternité entre nos deux peuples lors des glorieux jours de Waterloo où c'étaient les armes allemandes qui ont contribué à fonder et à établir l'indépendance et la prospérité de la Belgique.

Le Roi Albert Ier de Belgique refuse l'ultimatum le 3 août à 7 heures du matin:

Aucun intérêt stratégique ne justifie la violation du droit. Le Gouvernement belge, en acceptant les propositions qui lui sont notifiées, sacrifierait l'honneur de la nation, en même temps qu'il trahirait ses devoirs vis-à-vis de l'Europe. Conscient du rôle que la Belgique joue depuis plus de quatre-vingts ans dans la civilisation du monde, il se refuse à croire que l'indépendance de la Belgique ne puisse être conservée qu'au prix de la violation de sa neutralité. Si cet espoir était déçu, le Gouvernement belge est fermement décidé à repousser par tous les moyens en son pouvoir, toute atteinte à son droit.

Il se rend à cheval au Palais de la Nation à Bruxelles pour prononcer un discours devant les Chambres réunies.

Un pays qui se défend s'impose au respect de tous; ce pays ne périt pas. Dieu sera avec nous dans cette cause juste. Vive la Belgique indépendante!

Le roi ordonne la destruction des ponts et des tunnels à la frontière allemande et prend la tête de l'armée. Avec seulement 200.000 hommes, la petite armée belge va résister durant 15 jours permettant à l'armée française de se préparer à l'affrontement. L'Allemagne perdra 5.000 hommes dans ces affrontements avec l'armée belge qui seront des pertes jugées considérables par l'état-major allemand durant ce premier mois de guerre. La ville de Liège va résister héroïquement à l'envahisseur ce qui lui vaudra d'être la seule ville étrangère à recevoir la Légion d'Honneur.

La presse française exaltera la résistance de l'armée belge.

Nous, Français, nous devons aux Belges, plus que de l'admiration, nous leur devons une inoubliable reconnaissance (L'Echo de Paris).

Avoir arrêté, dans les défilés de la Meuse, l'ennemi du genre humain qui, demain, ne pourra les franchir que sur un monceau de cadavres, c'est une page aussi glorieuse de l'histoire contemporaine que celle de Leonidas dans les fastes de l'Antiquité (Le Journal).

Devant cette déconvenue inattendue qui mit à mal le fameux plan d'invasion Schlieffen, les troupes allemandes durent trouver un bouc-émissaire et se forgèrent alors ce que l'on a appelé une fausse croyance sincère (voir Horne et Kramer) comme quoi des francs-tireurs belges assailliraient systématiquement leurs troupes. Cette violation totalement imaginaire des lois de la guerre fut réprimée dans le sang. En ces mois d'août et septembre 1914, plus de 5.000 civils wallons répartis dans une centaine de communes furent sommairement passés par les armes et plus de 15.000 maisons furent détruites. Les villes de Visé et de Dinant furent les plus touchées. Les massacres se propageront plus tard en Flandre et au nord de la France. On comprend mieux alors pourquoi des dizaines de milliers de civils se sont précipitées en juin 1940 sur les routes de l'exode à l'entrée des Nazis à nouveau en Belgique...

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Frank Grognet Nivelles
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