Régiment des Dromadaires

01/01/2017 20:02

Lorsque le général Bonaparte prépare son expédition d’Egypte, il ne lui est pas possible d’embarquer les chevaux de sa cavalerie. Sa cavalerie est donc démontée et seuls les officiers peuvent embarquer leurs montures. Selon ses informations, Bonaparte tablait sur une remonte facile sur place, mais les Mamelouks ont fui en emportant tous leurs chevaux et les quelques bêtes qui restent sont soit mal en point soit hors de prix car les Arabes ne les cèdent qu’au prix fort vu l'importance et la rareté de l'animal. C’est donc à pied que la cavalerie française se dirige vers le Caire en transportant sur le dos de ses cavaliers le lourd équipement équestre.

Devant l’impossibilité de remonter sa cavalerie, Bonaparte décide de réquisitionner les chevaux des officiers et de les redistribuer à la troupe. Ainsi huit cent cinquante cavaliers trouvent enfin une monture, mais plus de deux mille cavaliers restent encore à pied. Malheureusement, on constate rapidement que les chevaux français ne s’acclimatent ni au climat du pays ni à la nourriture locale et meurent. Bonaparte ne s’avoue pas encore vaincu et réquisitionne des chevaux locaux. C'était sans compter sur un nouveau problème. Les chevaux arabes locaux ont une constitution plus petite, mince et fragile que les chevaux européens et le harnachement réglementaire français les blesse. De plus, il sont incapables de porter de lourdes charges.

C’est alors que Bonaparte remarque de singuliers animaux locaux qui peuvent parcourir jusqu’à 60 km par jour en plein désert, sans boire ni manger tout en étant lourdement chargés, les dromadaires.

Avec Desaix, il crée le régiment des dromadaires sur le principe des dragons, à savoir de l’infanterie montée. Composé au départ de deux escadrons de 4 compagnies, il en donne le commandement au colonel Jacques … Cavalier en qualité de chef de brigade. L’armement théorique consiste, outre le sabre et les pistolets, en un fusil à baïonnette et/ou une lance qui sera vite abandonnée. Au départ, on prévoyait de mettre deux cavaliers par dromadaire, placés dos à dos et armés de lances, mais vu le nombre de cavaliers pris de nausées, un seul cavalier par monture sera finalement choisi.

Le rôle premier de ce régiment était de servir d'éclaireurs aux corps, mais aussi de protéger les convois, de mener des actions rapides, de transporter le courrier urgent et de surveiller les tribus insoumises. Contrairement à la cavalerie, cette unité ne combat pas montée et ne doit pas charger l’ennemi, mais doit mettre pied-à-terre à l'approche de l’ennemi et former un carré défensif ou se coucher avec leurs bêtes comme un rempart pour faire feu. Voici ce qu’en disait un capitaine de cette unité:

Les effectifs du Régiment de Dromadaires s’approchent-ils de l’ennemi qu’au lieu de l’attaquer du haut de leur monture ils s’empressent de mettre pied à terre, se forment en carré, tantôt plaçant au centre leur monture, tantôt les faisant coucher en cercle devant eux pour s’abriter des tirs adverses.

Ces vaisseaux du désert étaient aussi utilisés par le reste de l’armée d’Orient comme bêtes de bât ou encore comme transport de blessés grâce aux ambulances créées par le fameux chirurgien Larrey.

Mais le général Desaix va faire de ce régiment une troupe d’élite qui prendra part à des batailles. Laissons-lui la parole.

Les Mamelouks sont sur les dents, mais nous échappent. Je l’ai dit et répété cent mille fois, on ne les détruira qu’avec des hommes d’infanterie montés sur des dromadaires. Au nom de ce qu’il y a de plus intéressant dans le monde, n’épargnez rien pour avoir des dromadaires, ni dépenses, ni peines.

Il écrira à Bonaparte

J’ai organisé des dromadaires. Il en part d’ici après-demain deux cents qui me donnent les moyens de détruire Mourad Bey. Le général Belliard aura sous peu à Syene et à Esnch trois cents hommes montés à dromadaires. A Siout, j’en aurai cinq cents.

Suite au départ précipité de Bonaparte pour la France, le général Kléber, son successeur, prendra grand soin de cette troupe en lui ajoutant un troisième escadron et la rééquipant à neuf. Le régiment se battra à Héliopolis, à Koraïm et à Alexandrie. Lorsque le corps expéditionnaire rentre en France en 1801, le régiment est dissous et ses effectifs sont versés dans la gendarmerie et dans les chasseurs à pied de la Garde consulaire.

Ce régiment restera célèbre dans l’armée française et servira par la suite de modèle un siècle plus tard à toutes les puissances coloniales européennes qui l’emploieront en Afrique. À l’occasion de la deuxième Exposition Universelle de Paris en 1867, le régiment de Dromadaires,  reconstitué, obtint un grand succès.

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Frank Grognet Nivelles
Belgique
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