Premier attentat à la voiture piégée

06/08/2015 20:37

Nous sommes le 24 décembre 1800, à la veille de Noël. Napoléon a accepté à contrecœur d'aller voir à l'Opéra la première représentation en France de l'oratorio Die Schöpfung (La Création) de Joseph Haydn. Son carrosse quitte les Tuileries précédé par une escorte de cavaliers de la Garde consulaire; Berthier, Lannes et Lauriston l'accompagnent; le premier consul tombe de fatigue et commence à s'assoupir. Un second carrosse suit avec son épouse, sa belle-fille et sa sœur.

Une heure plus tôt un petit groupe de 3 personnes avec un charriot s'est déplacé lentement vers la rue Sainte-Nicaise qui jouxte les Tuileries. Ils arrêtent le charriot dans la rue, bloquant en partie le passage. Limoëlan, le chef du groupe, part à la recherche d'un enfant pour garder son cheval et tombe quelques rues plus loin sur Marianne Peusol, une jeune fillette de 14 ans qui vend des petits pains et qui est toute heureuse de gagner quelques sous en rendant service.

Les deux carrosses sortent du palais des Tuileries, remontent la rue Saint-Nicaise. Limoëlan, posté sur la place du Carrousel, panique et oublie de lancer le signal à Saint-Régeant, son complice dans la rue Saint-Nicaise, qui perd ainsi une ou deux précieuses minutes. Quand le chef des grenadiers de la Garde de Bonaparte passe devant lui, Saint-Régeant allume la mèche et s'enfuit. Le carrosse du premier consul passe devant la machine infernale et s'apprête à tourner dans la rue Saint-Honoré. Tout à coup le charriot explose, pulvérisant la jeune Peusol et la jument. Napoléon est tiré de sa léthargie. Tous les occupants de son carrosse se regardent, effarés. Des projectiles tombent du ciel et viennent heurter le carrosse. Des hurlements, des hennissements, des corps s'effondrent sur le pavé. Le corps de la fillette est découvert atrocement mutilé, son crâne est ouvert et elle a perdu les deux bras, un projeté à 30 m et l'autre sur le toit d'en face. On retrouve la tête du cheval à plusieurs mètres également et l'essieu du charriot sur un toit voisin.

Bonaparte vient d'échapper d'un cheveu à un attentat à la voiture piégée. Derrière lui, il laisse sur le pavé parisien vingt-deux morts parmi les passants et une centaine de blessés, 46 maisons de la rue Saint-Nicaise sont détruites ou rendues inhabitables.

Deux des trois terroristes seront arrêtés et guillotinés. Le troisième passera par les mailles du filet et, écrasé par les remords, finira comme prêtre aux Etats-Unis. On le verra à chaque nuit de Noël prostré de longues heures devant son autel pour faire pénitence et implorer le pardon de cette fillette dont il avait pris la main pour la conduire à la mort.

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Frank Grognet Nivelles
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