Occupez-vous de mon cheval...

27/08/2015 00:58

Le champ de bataille de Waterloo est jonché de morts en cette après-midi du 18 juin 1815. La fine fleur de la cavalerie française vient de terminer ses ultimes charges héroïques et de périr sur les multiples carrés britanniques restés inexpugnables.

Non loin de là, des soldats du 1er régiment de Grenadiers à pied de la Vieille Garde voient venir à eux un cavalier blessé, marchant avec difficulté. Il soutient son cheval par la bride plus qu'il ne le tient tant l'animal est faible. Ce cavalier est un maréchal des logis des Chasseurs à cheval de la Garde, phalange prestigieuse qui a maintes fois triomphé de tous ses adversaires à travers l'Europe. Notre homme est un vétéran qui arbore deux chevrons authentifiant seize années de bons et loyaux services envers son empereur.

Notre centaure est sérieusement blessé, sa cuisse gauche, a été éclatée par un biscaïen et il saigne abondamment. Il demande à se reposer. Un chirurgien vient à son secours et colmate sa plaie à grand renfort de charpie. A aucun moment notre vétéran ne laisse échapper la moindre plainte sous les coups répétés de scalpel.

Il demande par contre que l'on s'occupe de son fidèle cheval. Mais l'animal est bien mal en point; de son ventre lacéré sortent ses entrailles, grisâtres et roses, qui s'étirent jusqu'au sol. Le projectile qui a blessé son maître lui a aussi déchiré le flan.

Le chirurgien qui a suffisamment à faire que de s'occuper d'un cheval, écoute le chasseur qui explique ne pas avoir voulu abandonner son fidèle ami. Son cheval, prénommé Bijou, est un vieux complice de toutes les campagnes glorieuses de l'épopée impériale. Ils sont ensemble depuis 17 ans, lors de la campagne d'Egypte et les charges contre les Mameluks à la bataille des Pyramides, le 21 juillet 1798! Depuis, ils ne se sont plus jamais quittés malgré les batailles et les rigueurs de la retraite de Russie.

Vous voyez, monsieur le chirurgien, si je suis là aujourd'hui, c'est à mon cheval que je le dois. J'ai fait la campagne de Russie, et c'est grâce à lui si je suis rentré au pays. Alors, comme il est blessé, je n'ai pas pu l'abandonner...

Touché par ce récit, le chirurgien tenta ce qu'il put pour alléger les souffrances de l'animal, mais les artilleurs britanniques ne lui en laissèrent pas le temps et un boulet vint achever Bijou au milieu même du carré. C'était sans doute mieux ainsi. 

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Frank Grognet Nivelles
Belgique
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