Le grand navet

27/12/2016 14:14

Nous sommes en pleine Commune de Paris en 1871. Suite à la défaite de Napoléon III en 1870 face aux Prussiens, le gouvernement français nouvellement élu livre la France à Bismarck, un général prussien. C'est l'insurrection. Une partie des Parisiens décident de se battre contre cet armistice dans lequel la France perd la face. Symbole de l’Empire déchu, la colonne Vendôme est pour les insurrectionnaires un synonyme de barbarie et de honte nationale, il faut la supprimer!

Le peintre Gustave Courbet adresse une pétition au gouvernement de Défense nationale le 14 septembre 1870 demandant à déboulonner la colonne, ou qu’il veuille bien lui-même en prendre l’initiative, en chargeant de ce soin l’administration du Musée d’artillerie, et en faisant transporter les matériaux à l’hôtel de la Monnaie. Le but du peintre est de la faire reconstruire aux Invalides, mais la Commune de Paris alors au pouvoir, est plus radicale:

La Commune de Paris, considérant que la colonne impériale de la place Vendôme est un monument de barbarie, un symbole de force brute et de fausse gloire, une affirmation du militarisme, une négation du droit international, une insulte permanente des vainqueurs aux vaincus, un attentat perpétuel à l’un des trois grands principes de la République française, la fraternité, décrète : article unique – La colonne Vendôme sera démolie.

Le 16 mai 1871, un énorme tas de fumier (tout un symbole…) est mis sur la place afin d’amortir la chute de l’impressionnante colonne. Dès 14h, les Parisiens affluent pour ne pas rater ce spectacle.

A 17h, le câble auquel est rattaché le haut de la colonne commence à être tendu et tiré avec un système de poulies. Après une petite demi-heure, la colonne cède et s’effondre sur le tas de fumier sous les hourras de la foule. Les plaques de bronze sont récupérées.

Une fois l’ordre rétabli, Gustave Courbet fut poursuivi et condamné à six mois de prison, cinq cents francs d’amende et aux frais de reconstruction de la colonne estimés à 323 091 francs, 68 centimes !

Une fois libéré, il est en butte aux réclamations du Trésor qui avait frappé tous ses biens de séquestre. Ecoeuré par une vente judiciaire qui produisit à peine une douzaine de mille francs, il fut banni de son village ainsqi que du Salon par Meissonnier qui avait fait décider que ses envois ne seraient pas même examinés. Injurié grossièrement dans une Lettre ouverte par Alexandre Dumas, fils du célèbre général révolutionnaire et baron d'Empire, Courbet finit par demander asile à la Suisse. Il se fixa en 1873 sur les bords de Léman, dans une petite maison où il mourut le 31 décembre 1877, d’une maladie de foie que son intempérance avait aggravée.

La colonne, qu'il surnommait le grand navet, avait finalement eu raison de lui.

Quant à la colonne, l’Assemblée nationale avait adopté le 30 Mai 1873, le projet de sa reconstruction qui s'acheva en 1875.

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Frank Grognet Nivelles
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