Paris transformée

07/08/2015 22:31

Lorsque Napoléon découvre Paris pour la première fois, cette ville, capitale de la nation la plus peuplée d’Europe, ressemble à une ville du Moyen-Âge qui n’a plus évoluée depuis le règne d’Henri IV trois siècles plus tôt. La ville compte déjà près de 600.000 âmes qui s'entassent sur les îles de la cité et le long des rives de la Seine.

Les rues sont étroites et sinueuses et horriblement sales vu l’absence d'un service d'égouts efficace. Aucun service de ramassage de déchets n'existe et chacun vide toutes ses ordures directement dans la rue, on imagine la puanteur et la saleté ambiantes. Paris ne possède aucun trottoir contrairement à Londres qui en dispose depuis déjà une vingtaine d'années.

Le service d'eau ne fonctionne pas et les rares fontaines sont souvent à sec, ce qui oblige les Parisiens à aller puiser l'eau directement dans la Seine ou à payer des porteurs d’eau à raison d'un sou pour 15 litres. Pour finir, les rues de Paris ne sont pas éclairées ce qui favorise la délinquance en faisant de certaines ruelles de véritables coupe-gorges.

En arrivant au pouvoir, Napoléon doit dès lors faire quelque chose de grand et d’utile pour Paris. Il sera ainsi à l’origine de l’avenue des Champs-Elysées, de la construction de multiples quais sur la Seine, de la création des halles pour regrouper les marchands ambulants qui infestaient avant les rues étroites de la capitale. Mais l’une de ses plus belles réalisations est l’alimentation en eau de la capitale.

Il fait d'abord réaliser le creusement du canal de l’Ourcq, affluent de la Marne, long de 60 kilomètres qui amène l'eau de la rivière aux Parisiens et qui nourrira par la suite les cascades des Tuileries et les immenses pièces d'eau des Champs-Élysées. Il ordonne également la remise en état de la cinquantaine de fontaines anciennes et la création de 15 nouvelles fontaines pour donner à boire aux Parisiens. Pour assurer un débit suffisant, il fait également construire un château-d'eau.

Mais les fontaines sont aussi destinées à magnifier la gloire du régime tout en embellissant Paris. Arrêtons-nous un instant dès lors sur l'énorme fontaine de la Bastille. Comme son nom d’indique, l’éléphant de la Bastille était destiné à orner la place du même nom. La fontaine devait être alimentée par l'eau de l'Ourcq acheminée par le canal Saint-Martin et être surmontée d’une statue colossale d'un éléphant portant un howdah(*) en forme de tour. Le projet fut décidé après 1812, mais jamais réalisé suite à la chute de Napoléon pour finalement être définitivement abandonné après la Révolution de 1830 au profit de la colonne de Juillet.

La statue de l'éléphant qui devait être en bronze était gigantesque : 16 mètres de long et 24 mètres de haut, dont environ 15 mètres pour la statue de l’éléphant. Le bronze de cette dernière, ainsi que celui du harnachement et des ornements de l'éléphant, devait être dorés et provenir des canons des insurgés espagnols.

Cette statue éléphantine ne sera jamais exécutée en bronze. Seul un modèle en plâtre à l'échelle 1:1, élevé en 1814 près du chantier puis détruit en 1846, constituera pendant une trentaine d'années un objet de curiosité qui suscitera les commentaires de plusieurs écrivains avant d'être immortalisé par Victor Hugo dans une scène des Misérables mettant en scène le jeune Gavroche qui dit habiter dans l'éléphant de Napoléon (tome IV, livre sixième, chapitre II).

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Frank Grognet Nivelles
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